Sommaire
- 1. Rappel l’aire minimale classique
- 2. Les trois paramètres conditionnant l’aire minimale
- 3. Limites des préconisations classiques
- 4. L’aire minimale théorique
- 5. Première correction le recouvrement total
- 6. Deuxième correction la dominance - l’aire minimale adaptée
- 7. Application aux relevés de la bibliographie
- 8. Les 7 aires minimales théoriques
- 9. Bibliographie
1. Rappel : l’aire minimale classique
- La question de la surface du relevé est, avec celle de l’homogénéité de la surface de relevé et celle de l’exhaustivité de la liste floristique, un des points cruciaux de la méthodologie de prise de relevé phytosociologique ;
- les guides méthodologiques indiquent, pour différents types de végétation, la surface minimale de l’échantillon de végétation en-dessous de laquelle l’échantillon n’est pas représentatif ;
Définition
L’aire minimale est la surface minimale de l’échantillon de végétation en-dessous de laquelle l’échantillon n’est pas représentatif de la communauté végétale étudiée.
2. Les trois paramètres conditionnant l’aire minimale
- L’aire minimale des relevés est fonction de l’espace vital (c.-à-d. le volume occupé par un individu de plante) occupé par les espèces qui constituent la communauté végétale étudiée : les aires minimales sont d’autant plus étendues que les plantes sont volumineuses, afin d’aboutir à une liste d’espèces la plus représentative possible de la diversité floristique de la communauté (c.-à-d. quasi-exhaustive) ;
- dans cette perspective, la question de l’aire minimale peut être assimilée à celle de l’effort d’inventaire à effectuer pour trouver la deuxième espèce (la première espèce notée marquant le début du relevé) ;
- cet effort, et donc l’aire minimale, dépend de trois paramètres :
| Paramètre | Effet sur l’effort d’inventaire |
|---|---|
| Espace vital des espèces - la hauteur des espèces est globalement proportionnelle à leur espace vital | plus les espèces sont grandes, plus la deuxième espèce sera loin en moyenne |
| Recouvrement de la végétation | lorsque le recouvrement est faible, le prospecteur devra choisir une plus grande surface pour être représentative de la végétation |
| Abondance-dominance de l’espèce dominante | lorsqu’une espèce domine largement la végétation, la place restante pour les autres espèces est rare et le prospecteur devra arpenter plus de terrain |
- Bien que cela n’ait vraisemblablement jamais été formulé, les préconisations classiques d’aires minimales tiennent partiellement compte de ces trois paramètres :
- c’est ce qui explique la tendance à utiliser des surfaces de relevés plus grandes pour les cariçaies (Phragmito australis - Magnocaricetea elatae) que pour les mégaphorbiaies (Filipendulo ulmariae - Convolvuletea sepium), alors que la hauteur de la végétation est comparable ;
- c’est aussi ce qui explique les gammes d’aires minimales fournies par certains auteurs : par exemple, 10 à 100 m² pour les « landes hautes » des Calluno vulgaris - Ulicetea minoris (Royer, 2009) ; dans ces cas, les aires minimales relèveront de la borne inférieure si la végétation est recouvrante et de composition équilibrée, et de la borne supérieure si la végétation est clairsemée ou dominée par une espèce.
3. Limites des préconisations classiques
- L’utilisation d’une gamme de surfaces est source de confusion chez les débutants, qui pensent devoir faire leurs relevés sur une surface comprise entre ces bornes ;
Rappel
Il s’agit d’une aire minimale : on peut allègrement la dépasser tant que la végétation reste homogène.
- Quel que soit le niveau syntaxonomique auquel est donnée l’information (souvent au niveau classe ou type physionomique), le recouvrement de la végétation est assez variable et les faciès dominés par une espèce clonale pourront toujours exister (même si certaines classes sont plus sujettes à ces phénomènes que d’autres) ;
- ➡️ les indications de gammes d’aires minimales, en plus d’être trompeuses, semblent donc assez inadaptées.
4. L’aire minimale théorique
- À espace vital comparable, les végétations devraient avoir des aires minimales de relevé comparables à condition qu’elles soient exprimées sous une forme dense et équilibrée ;
- exemple : il n’y a pas de raison de relever une végétation de pelouse estuarienne (Asteretea tripolii) sur une surface plus étendue qu’une pelouse calcicole (Festuco valesiacae - Brometea erecti), si celle-ci est dense et équilibrée ; mais si celle-ci (comme souvent) est peu dense et dominée par une espèce, il faudra étendre l’aire de relevé ;
L'aire minimale théorique
On doit pouvoir indiquer une aire minimale pour une végétation dense et équilibrée, dite aire minimale théorique, qui sera assez peu variable au sens d’une classe puisque les espèces constituant une classe ont des architectures comparables et donc des espaces vitaux comparables.
- Ces aires minimales théoriques sont homogènes par groupes de classes de morphologie comparable : des regroupements permettent de dégager seulement 7 aires minimales théoriques (cf. 8. Les 7 aires minimales théoriques) ; de la sorte, les aires minimales sont beaucoup plus simples à mémoriser pour l’utilisateur ;
- cette aire minimale doit ensuite être pondérée en fonction, d’une part, du recouvrement total de la végétation et, d’autre part, du recouvrement des espèces les plus abondantes.
5. Première correction : le recouvrement total
Règle n° 1 - tenir compte du recouvrement total
L’aire minimale théorique devra être divisée par le recouvrement de la végétation en base 1.
- Exemple : pour une communauté de l’Euphorbio paraliae - Ammophiletum arenariae de recouvrement = 40 %, l’aire minimale théorique des Euphorbio paraliae - Ammophiletea australis ayant été fixée à 20 m², l’aire du relevé de cette communauté devra être supérieure à : 20/0,4 = 50 m².
6. Deuxième correction : la dominance - l’aire minimale adaptée
Règle n° 2 - tenir compte de la dominance d'une espèce
L’aire minimale théorique devra être divisée par le recouvrement total (en base 1) qu’ont toutes les espèces de la communauté végétale, à l’exclusion de l’espèce dominante. Cette aire minimale adaptée en fonction des caractéristiques de la communauté végétale relevée est désignée par l’expression « aire minimale adaptée ».
- Exemple : pour une communauté de l’Euphorbio paraliae - Ammophiletum arenariae dense mais largement dominée par Ammophila arenaria, de telle sorte que les autres espèces ont un recouvrement total de 20 %, l’aire du relevé devra être supérieure à : 20/0,2 = 100 m² ;
- la deuxième formulation intègre la formulation précédente : une végétation à la fois clairsemée et dominée par une espèce aura un recouvrement total des espèces non dominantes très faible pour les deux causes.
7. Application aux relevés de la bibliographie
- Il est possible d’appliquer ce deuxième principe à des relevés de la bibliographie, afin de contrôler la pertinence des aires de relevés choisies ;
Règle n° 3 - cas des relevés de la bibliographie
On retiendra comme surface occupée par l’espèce dominante la borne inférieure de sa classe d’abondance-dominance (ab-dom = 5 ⇒ 75 % ; 4 ⇒ 50 %…). L’aire occupée par les espèces non dominantes sera donc égale à : recouvrement total − borne inférieure d’abondance-dominance.
- Exemple 1 - relevé d’une communauté de l’Euphorbio paraliae - Ammophiletum arenariae :
| Taxon | Coefficient |
|---|---|
| Recouvrement | 60 % |
| Ammophila arenaria | 4 |
| Euphorbia paralias | + |
| Eryngium maritimum | 2 |
| Calystegia soldanella | + |
| Elytrigia juncea | 2 |
L’aire de relevé aurait dû être supérieure à : 20/(0,6−0,5) = 20/0,1 = 200 m² (espèce dominante notée 4 ⇒ borne inférieure 50 %).
- Exemple 2 - relevé d’une communauté du Littorello uniflorae - Baldellietum ranunculoidis :
| Taxon | Coefficient |
|---|---|
| Recouvrement | 100 % |
| Hydrocotyle vulgaris | 3 |
| Baldellia ranunculoides | 2 |
| Helosciadium inundatum | 2 |
| Samolus valerandi | 2 |
| Galium palustre | + |
| Potentilla anserina | + |
| Chenopodium chenopodioides | + |
L’aire de relevé devrait être supérieure à : 15/(1−0,25) = 15/0,75 = 20 m² (espèce la plus abondante notée 3 ⇒ borne inférieure 25 % ; aire minimale théorique de 15 m² pour les Littorelletea uniflorae).
- On remarquera que l’impact de cette méthode est, très logiquement, plus faible pour une communauté végétale dense et de composition floristique équilibrée.
8. Les 7 aires minimales théoriques
Aires minimales théoriques proposées par E. Catteau (2019), par groupes de classes de morphologie comparable (issue d’une première réflexion sur les aires minimales des végétations classe par classe, au sein du réseau des CBN et en dehors) :
| Groupe morphologique | Aire minimale théorique | Classes concernées |
|---|---|---|
| Petits thérophytes | 5 m² | Helianthemetea guttati ; Juncetea bufonii ; Lemnetea minoris ; Polygono arenastri - Poetea annuae ; Saginetea maritimae ; Thero - Suaedetea splendentis ; Sisymbrietea officinalis pp. (Brometalia rubenti - tectorum) |
| Grands thérophytes | 10 m² | Bidentetea tripartitae ; Cakiletea maritimae ; Cardaminetea hirsutae ; Potametea pectinati pp. (végétations thérophytiques du Potamion pectinati pp.) ; Sisymbrietea officinalis pp. (Sisymbrietalia officinalis et Chenopodietalia muralis) ; Stellarietea mediae |
| Petits hémicryptophytes | 15 m² | Agrostietea stoloniferae pp. (Potentillion anserinae et Loto tenuis - Trifolion fragiferi) ; Arrhenatheretea elatioris pp. (Lolio perennis - Plantaginion majoris) ; Asplenietea trichomanis ; Asteretea tripolii ; Charetea fragilis ; Festuco valesiacae - Brometea erecti ; Koelerio glaucae - Corynephoretea canescentis ; Littorelletea uniflorae ; Melampyro pratensis - Holcetea mollis pp. (végétations à morphologie pelousaire) ; Nardetea strictae ; Parietarietea judaicae ; Ruppietea maritimae ; Sedo albi - Scleranthetea biennis ; Scheuchzerio palustris - Caricetea fuscae (végétations à morphologie pelousaire) ; Thlaspietea rotundifolii ; Utricularietea intermedio - minoris ; Violeta calaminariae |
| Grands hémicryptophytes | 20 m² | Agrostietea stoloniferae pp. (prairies assez hautes) ; Arrhenatheretea elatioris pp. (prairies assez hautes) ; Agropyretea pungentis ; Artemisietea vulgaris ; Epilobietea angustifolii ; Euphorbio paraliae - Ammophiletea australis ; Filipendulo ulmariae - Convolvuletea sepium ; Galio aparines - Urticetea dioicae ; Glycerio fluitantis - Nasturtietea officinalis ; Honckenyo peploidis - Elymetea arenarii ; Melampyro pratensis - Holcetea mollis pp. (végétations à morphologie d’ourlet) ; Potametea pectinati pp. (végétations vivaces) ; Phragmito australis - Magnocaricetea elatae ; Spartinetea glabrae ; Scheuchzerio palustris - Caricetea fuscae (végétations à morphologie prairiale et Caricion lasiocarpae) ; Trifolio medii - Geranietea sanguinei |
| Chaméphytes | 50 m² | Calluno vulgaris - Ulicetea minoris ; Salicornietea fruticosae ; Oxycocco palustris - Sphagnetea magellanici |
| Petits phanérophytes | 100 m² | Crataego monogynae - Prunetea spinosae ; Cytisetea scopario - striati ; Franguletea alni ; Salicetea purpureae pp. (Salicetalia purpureae) |
| Grands phanérophytes | 500 m² | Alnetea glutinosae ; Querco roboris - Fagetea sylvaticae ; Salicetea purpureae |
- « pp. » = pro parte : seules les parties de la classe précisées entre parenthèses (ordres, alliances ou morphologies) sont concernées ; les autres parties relèvent d’un groupe voisin.
9. Bibliographie
- Catteau E. (2019) – « Proposition de reformulation de l’aire minimale des relevés phytosociologiques », Bulletin de la Société Botanique du Nord de la France, 72 (1-3) : 137-141 – Catteau-2019-Proposition_reformulation_aire_minimale.pdf